CHALYS LEYE

Chalys Lèye, artiste né à Dakar, vit entre le Sénégal et la France. Sa peinture travaille les signes puisés à la fois dans la confection du talisman nommé khatim, à la fois dans les traditions dites « animistes ». Intéressé par l’interaction de signes qui, par leur emplacement sur un support (parchemin, corps, ...), ont une fonction protectrice qui cherche à écarter le mal, à exorciser un problème, à neutraliser un phénomène, Chalys Lèye met en scène le khatim pour en valoriser l’aspect esthétique. Ses toiles évoquent les couleurs de la terre allant de l’ocre au brun foncé et font penser, par l’insertion d’asphalte que le peintre a ajouté à l’acrylique, aux routes ouvertes de par le monde qui relient les villes entre elles. Elles renvoient aussi aux trajectoires à arpenter entre l’ici et l’ailleurs, entre le visible et l’invisible - pistes intérieures à esquisser pour investir une quête mystique. Cette présence d’asphalte et de sable fournit une épaisseur au tableau, nous invitant à tracer également un parallèle entre la construction d’une peinture et d’une ville. L’artiste déploie ainsi dans son travail de multiples connexions, jouant sur l’ambiguïté. Les liens entre l’arabe utilisé pour la fabrication du khatim (chiffres et lettres) et les signes puisés en diverses traditions (par exemple ceux des Pygmées inscrit sur la toile : Carré magique) rappellent les composants qui se croisent à travers le continent et qui alimentent les imaginaires.
Le placement par le peintre du khatim, qui lui est confectionné par un marabout qui trace sur une feuille des chiffres selon un agencement singulier afin de solliciter la transformation requise, témoigne de plusieurs modifications. Tout d’abord le support et la dimension diffèrent, n’étant plus une feuille sur laquelle est placée à l’encre des signes qui seront dissous dans un verre d’eau afin d’être pris par le client. Ces déplacements misent sur le dialogue entre approches (islam et animisme), entre signes, entre espaces, entre matières et formes, s’étendant au-delà des frontières. Surgissent de nombreuses questions. Quelle est donc la fonction dukhatim dans un tel contexte ? Le peintre transgresse-t-il certains interdits ? ou met-il en scène les fondements d’une culture, rappelant les valeurs sur lesquelles elle s’est construite ?
Chalys Lèye ne fabrique pas lui-même de khatim, car la confection de celui-ci exige un savoir que seul l’initié maîtrise. Il ne modifie pas la configuration des chiffres et des lettres, mais cherche à les mettre en scène - les ouvrir aux regards du monde - afin d’en valoriser la beauté esthétique. Tout son travail consiste à les placer avec perspicacité sur un tableau, à rappeler la force des signes qui remontent loin dans le temps ainsi que l’élaboration d’une mystique complexe. Ces signes se donnent donc en spectacle - à voir au-delà de leur mystère - nous invitant à jouir de l’inconnu, à courtiser des élans indéfinissables. Chemin faisant, le peintre brouille les délimitations entre visible/invisible ; écriture/dessin ; talisman/tableau ; sacré/profane.
L’art de l’écriture comme l’art de l’arabesque ont donc été pour l’art moderne un modèle esthétique.
Mais ce qu’un système esthétique peut apporter à une autre culture suit une grande multitude de chemins. A un certain niveau, il prend aussi le chemin du vécu quotidien, de la lumière, du paysage, des rituels et des gestes, des visages et des fleurs ; d’une nuit de pleine lune, avouera Klee dans son Journal. Enfin, de tout ce que peut donner une culture comme silencieuse écriture à qui sait la recevoir, à qui sait en être l’hôte comme dit A. Khatibi (Maraini, 49).
Les tableaux de Lèye soulignent la rigueur et la magie d’agencements mathématiques en reflet à une composition musicale. Par le biais de la mise en abîme du carré (carrés de la grille du khatim qui est emboîté dans le tableau lui-même), ils renvoient à des espaces lointains, évoquant l’art rupestre dont les motifs étaient organisés selon un ordre particulier afin de transmettre le message souhaité. La composition s’offre au spectateur comme une éclaircie soudaine dans l’étendue du ciel qui est à saisir au-delà du langage et de toute explication, dans le silence de la toile – talisman

Hélène TISSIERES
Critique d’art

Chalys Leye, artist, born in Dakar, lives between Senegal and the France. His painting works drawn signs both in the manufacture of the named talisman Khatim, both in the so-called traditions 'animists. Interested in the interaction of signs which, by their location on a surface (parchment, body,...), have a protective function that seeks to exclude the evil to exorcise a problem, to neutralize a phenomenon, Chalys Leye staged the Khatim to enhance the aesthetic appearance. His paintings evoke the colors of the Earth ranging from ochre to dark brown and suggest, by the insertion of asphalt that the painter has added to acrylic, to open worldwide routes that connect the towns between them. They also refer to the trajectories to be surveyed between here and elsewhere, between it the visible and the invisible - tracks Interior to sketch to invest a mystical quest. This presence of tar and stucco filler provides a thickness in table, inviting us to also draw a parallel between the construction of a painting and a city. The artist thus deploys in his work of multiple connections, playing on ambiguity. The links between the Arabic used in the manufacture of Khatim (numbers and letters) and signs drawn in various traditions (for example those of the Pygmies registered on the canvas: magic square) recall components which intersect throughout the continent and which feed the imaginations.
The investment by the painter of Khatim, who it is made by a marabout who trace on a sheet of figures according to a singular arrangement to solicit the transformation required, reflects several changes. First support and size differ, being more a sheet on which is placed in ink of the signs which will be dissolved in a glass of water to be taken by the customer. These movements rely on dialogue among approaches (islam and animism), between signs, between spaces, materials and forms, from extending beyond the borders. Arise many questions. What is the function of the Shahid in this context? The painter transgresses some banned? or has it staged the foundations of a culture, recalling the values on which it is built?
Chalys Leye does not manufacture itself from Khatim, because making it requires knowledge that only the Insider control. It does not change the configuration of figures and letters, but seeks to put in scene - open them to eyes of the world - in order to enhance the aesthetic beauty. All his work is to place them with insight on a table, to remind the force of signs which go back far in time as well as the development of a mystic complex. These signs give so live - to see beyond their mystery - inviting us to enjoy the unknown, courting elusive moose. Along the way the painter blurs the boundaries between visible/invisible. writing/drawing; Talisman/table; sacred/profane.
The art of writing as the art of the arabesque were for modern art an aesthetic model.
But what an aesthetic system can bring to another culture follows a great multitude of paths. At one level, it also takes the path of the daily experiences of light, landscape, rituals and gestures, faces and flowers; a night of full moon, confessed Klee in his diary. Finally, what can give a culture as silent writing who knows how to receive it, to who knows to be the host as said A. Khatibi (Maraini, 49).
Leye tables highlight the rigour and the magic of mathematical arrangements reflected to a musical composition. Through the mise en abîme of the square (square of the grid of Khatim which is nested within the table itself), they refer to distant spaces, evoking the rock art which patterns were organized according to a particular order in order to transmit the desired message. The composition offers the spectator as a sudden thinning in the expanse of the heavens which is entered beyond the language and any explanation, in the silence of the canvas - talisman

Hélène TISSIERES
Curator

EXHIBITIONS

2003: "A SAINT IN THE CITY"
Fowler Museum at UCLA USA
2002: La senegalaise de l'Automobile Dakar
2002: International Festival of Creteil France
2002: Landrecies-54550-France
Busigny in Cambresis-France
1998: Dakar Arts Biennial
1997: Arts Biennial of Sharjah (United Arab Emirates)
1996 Paris Salon of New Realities
1996: Salon de Fresnes - France
1996: Paris Airport Orly South
1995: 6th Salon des Artistes Dakar Senegal
1993: Collection Mourtalla Diop Dakar IFAN Museum
1992: International Biennial of Dakar

SOLO EXHIBITIONS
2011: Galerie Nationale du Senegal
2005: French Alliance of Washington - Washington DC
2005: Ivo Van Damme Memorial in Brussels BELGIUM:
2004: St Cyr sur Loire France
2004: NYPL Schomburg Center for Research in Black History
2004: Gainesville - Florida
2003: Hall de la manutention CAMBRAI – FRANCE
Lycée Fenelon - CAMBRAI – FRANCE
2001: Galeries Lafayette Paris
1997: Café des Arts Dakar